HISTOIRE DES ARTS

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Le cinéma fantastique

film et culture

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Le cinéma fantastique

Définitions 

On peut parler de fantastique lorsque, dans le monde réel, on se trouve en présence de phénomènes incompatibles avec les lois dites naturelles. Le caractère commun aux films fantastiques consiste en un déséquilibre ou une transgression du réel.

– Roger Caillois : « Le fantastique manifeste un scandale, une déchirure, une irruption insolite, presque insupportable dans le monde réel. Dans le fantastique, le surnaturel apparaît comme une rupture de la cohérence universelle. »

– Tzvetan Todorov : « Le fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel ».

A quelqu’un quelque chose d’anormal est arrivé : peut-être est-ce là tout ce que l’on peut dire d’universel sur le fantastique. C’est le choc du réel et de l’imaginaire, l’intrusion de l’a-normalité dans la normalité. L’inexplicable surgit au cœur de la réalité familière.

Histoire du cinéma fantastique

George Méliès

Méliès (1861-1938) est le créateur d’un univers magique et enchanté, et l’inventeur des premiers effets spéciaux au cinéma.

  • Le Manoir du diable, 1896

  • Le Voyage dans la lune, 1902

L’expressionnisme allemand (1916-1926)

Au fantastique aimable et bon enfant de Méliès s’oppose l’expressionnisme allemand avec ses jeux d’ombres et de lumières, ses décors étranges et déformés, ses personnages tourmentés et excessifs. Le marasme économique et social de la république de Weimar, source de grandes inquiètudes, vit naître ce mouvement artistique.

  • Le Cabinet du Docteur Caligari, Robert Wiene, 1919

  • Le Golem, Paul Wegener et Carl Boese, 1920

  • Mabuse le Joueur, Fritz Lang, 1922

  • Nosferatu, Friedrich-Wilhelm Murnau, 1922

L’âge d’or du fantastique américain (1931-1942)

La grande dépression de 1929 précéda de peu le fantastique hollywoodien. On y assiste à l’avènement des mythes inspirés des classiques de la littérature.

  • Dracula, Tod Browning, 1931

  • Freaks, la parade monstrueuse, Tod Browning, 1932

  • King-Kong, Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper, 1933

  • La Fiancée de Frankenstein, James Whale, 1935

  • Docteur Jeckyll et Mister Hyde, Victor Fleming, 1937

  • La Féline, Jacques Tourneur, 1942

Le merveilleux français (1940-1945)

A cette date, le cinéma français s’efforce d’oublier la guerre à travers des œuvres d’évasion. Le merveilleux ou un fantastique de bonne compagnie y sont privilégiés.

  • La Nuit fantastique, Marcel L’Herbier, 1941

  • Les Visiteurs du soir, Marcel Carné, 1942

  • La Main du diable, Maurice Tourneur, 1943

  • La Belle et la bête, Jean Cocteau, 1945

Le fantastique anglo-saxon et italien des années 50-60

Dans les années cinquante et soixante, trois réalisateurs, Roger Corman (Etats-Unis), Terence Fisher (Grande-Bretagne) et Mario Bava (Italie) réactualisent les grands mythes fantastiques, mettant le cinéma d’épouvante au goût du jour.

Aux Etats-Unis, malgré une production moins importante, deux réalisateurs majeurs créent deux classiques du genre : La Nuit du chasseur (Charles Laughton, 1955) et Les Oiseaux (Alfred Hitchcock, 1962).

Le nouveau fantastique américain

Un fantastique qui met l’accent sur l’identification des spectateurs avec les personnages en situant l’action dans un univers quotidien aux décors banals et familiers.

Le code Hays (censure appliquée au cinéma) disparaît en 1966. Ainsi, au tournant des années 70, tout en reprenant les figures traditionnelles (vampires, morts-vivants…), le fantastique s’oriente vers l’horreur (John Carpenter, Brian de Palma, Steven Spielberg, Peter Jackson, Sam Raimi). Certains auteurs utilisent les effets fantastiques pour imposer une conception personnelle et exigeante du cinéma (Stanley Kubrick, David Lynch, Tim Burton)

  • Rosemary’s Baby, Roman Polanski, 1968

  • Eraserhead, David Lynch, 1977

  • Shining, Stanley Kubrick, 1979

  • Edward aux mains d’argent, Tim Burton,1991

Les Années 1990-2000

Le fantastique traditionnel revient en force, avec ses archétypes (fantômes, vampires). Néanmoins, certains réalisateurs, comme M. Night Shyamalan, optent pour une représentation moins spectaculaire, privilégiant l’aspect énigmatique du surnaturel et la sobriété de ses effets.

Formes du cinéma fantastique

Le récit :

Souvent inspirés de la littérature, les films fantastiques en reprennent les principales situations. Ce sont des histoires généralement racontées à la première personne. Le narrateur est un individu dont l’apparence et la situation sociale en font un être raisonnable.

Le récit de ce témoin, situé dans un cadre précis du monde réel, donne de la crédibilité aux faits et constitue une sorte pacte de vérité avec le spectateur. Celui-ci sera donc dans l’incapacité de choisir entre explication rationnelle ou surnaturelle.

Mais les films qui respectent entièrement ces règles idéales (comme Nosferatu, de Murnau en 1922, Les Innocents de Jack Clayton en 1961 ou Sixième Sens de M. Night Shyamalan en 2000) sont peu nombreux. Beaucoup font entrer d’emblée le spectateur dans un cadre fantaisiste, sans jouer sur l’hésitation propre au fantastique.

Les décors y sont essentiels. On distingue deux situations : la tendance gothique et médiévale (châteaux, églises, cimetière) et la tendance réaliste, plus récente, qui place l’action dans un décor actuel et quotidien.

L’atmosphère peut être crée par la nuit, le brouillard, une nature tourmentée, etc.

Le style :

Le cinéma, par nature, montre plus que la littérature qui peut facilement travailler sur la suggestion. D’où la tendance du cinéma à la surenchère spectaculaire. Néanmoins, les meilleurs effets sont basés sur le caché, le suggéré, créant ainsi une ambiance propre à l’angoisse. Voici quelques aspects techniques fréquents :

  • Champ / hors-champ : ce procédé détermine ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas de l’action. Le jeu sur le hors-champ est particulièrement utilisé pour suggérer, sans la montrer, une présence hostile.

  • L’échelle des plans : elle permet de choisir la taille d’un personnage dans un décor, et permet donc de rendre compte de l’immensité d’un lieu ou de l’isolement d’un personnage.

  • Plongée / contre-plongée : ces deux types de points de vue ont deux effets principaux ; d’une part, ils déforment l’espace montré et ainsi déstabilisent la perception du spectateur et l’univers représenté, d’autre part, ils placent un personnage en situation de dominant ou de dominé.

  • Point de vue subjectif : c’est un point de vue qui, dans certaines situations, donne l’impression que le personnage filmé est épié. Parfois, il s’agit simplement de créer une angoisse sans cause, sans danger défini.

  • L’éclairage : l’éclairage d’un film fantastique est particulièrement soigné : ombres, ombres portées, faisceaux de lumières intenses, jeux d’ombres et de lumière, contre-jours (l’utilisation du négatif est l’une des figures du fantastique cinématographique), etc. Les zones d’ombre d’une image renvoient à nos peurs d’enfants, celles du monstre caché dans le noir. Un contraste fort entre l’ombre et la lumière peut symboliser l’affrontement entre le bien et le mal.

  • La musique : pour un cinéma basé sur l’atmosphère, la musique et les effets sonores peuvent, à eux seuls, introduire une dimension fantastique.

Personnages du cinéma fantastique

Les forces « non-naturelles » qui sont censées faire irruption, sont relativement peu nombreuses, même si leurs variantes sont infinies dans chaque catégorie. Voici quelques exemples parmi les plus remarquables :

La Monstruosité

Monstres « psychologiques » :

  • Le Cabinet du Docteur Caligari, Robert Wiene, 1919

  • Mabuse le Joueur et Mabuse, le démon du crime, Fritz Lang, 1922

  • M le maudit, Fritz Lang, 1931

  • Les Chasses du comte Zaroff, Schoedsack et Pichel, 1932

  • La Nuit du chasseur, Charles Laughton, 1955

  • Shining, Stanley Kubrick, 1980

Les animaux monstrueux :

  •  King Kong, Schoedsack et Cooper, 1933

  •  Les Oiseaux, Alfred Hitchcock, 1963

  •  Les Dents de la mer, Stevens Spielberg, 1975

  •  Jurassik Park, Steven Spielberg, 1993

Sans oublier le bestiaire du fantastique  (le chat, la chauve-souris, le rat, le hibou, le loup), ni les créatures mi-homme mi-bête dont le loup-garou occupe la place la plus importante.

La laideur physique extrême :

  • Freaks, Tod Browning, 1932

  • Elephant man, David Lynch, 1980

Les fantômes, esprits, revenants

C’est l’âme en peine qui exige pour son repos qu’une certaine action soit accomplie : un défunt revient pour persécuter son meurtrier ; un châtiment attache un fantôme au lieu où il a accompli un forfait. L’Antiquité grecque connaissait déjà ces différents types de revenants.

  • Le Fantôme de l’Opéra, Ruppert Julian, 1925

  • Le Chat noir, Edgar G. Ulmer, 1934

  • Beetlejuice, Tim Burton, 1988

  • Sleepy Hollow, Tim Burton, 2000

  • Sixième Sens, N. Night Shyamalan, 2000

  • Apparences, Robert Zemeckis, 2000

Doubles

Edgar Poe (William Wilson), Maupassant (Le Horla) et Stevenson (L’Etrange cas du Dr Jekyll et Mr Hyde) ont donné leurs lettres de noblesse au motif du double. Il est l’un des principaux thèmes du cinéma fantastique.

  • Dr Jekyll et Mr Hyde, Rouben Mamoulian, 1932

  • La Féline, Jacques Tourneur, 1942

  • Le Masque du Démon, Mario Bava, 1961

  • L’Autre, Robert Mulligan, 1972

Les non-morts

Etres hybrides entre la vie et la mort, cadavres réanimés et sortis de leur tombe. Si les vampires s’épanouissent dans la chrétienté post-médiévale, le mythe des zombies fait appel au culte vaudou, et l’histoire de la momie à la religion de l’Ancienne Egypte.

Les vampires : ce sont des morts qui s’assurent une perpétuelle jeunesse en buvant le sang des vivants : un des thèmes par excellence de la narration fantastique.

  • Nosferatu, Friedrich-Wilhelm Murnau, 1922

  • Dracula, Tod Browning, 1931

  • Le Cauchemar de Dracula, Terence Fisher, 1958

  • Nosferatu, fantôme de la nuit , Werner Herzog, 1979

  • Dracula, F.F. Coppola, 1992

Les zombies : l’origine du zombie cinématographique doit être cherchée dans L’Ile magique , livre de W.B. Seabrock (1930) sur le vaudou en Haïti.

  • White Zombie, Victor Halperin, 1932

  • Vaudou, Jacques Tourneur, 1943

  • La Nuit des Morts-Vivants, George Romero, 1968

Les momies :

  • La Momie, Karl Freund, 1932

  • La Malédiction de la Momie, Russell Mulcahy, 1998

  • La Momie, Stephen Sommers,1999

La démonologie et les sorciers 

Le diable mène le bal terrifiant de la première littérature fantastique : Le Diable amoureux de Cazotte ou Méphistophélès de Goethe. Le pacte avec le démon dans Faust de Goethe est un modèle du genre mais il en existe une multitude de variantes que le cinéma a su exploiter :

  • Faust, Friedrich-Wilhelm Murnau, 1926

  • La Main du Diable, Maurice Tourneur, 1943

  • Les Innocents, Jack Clayton, 1961

  • La Maison du Diable, Robert Wise, 1963

  • L’Hérétique, John Boorman, 1977

Le mythe de Prométhée et le savant fou :

Ravir à Dieu son pouvoir créateur, devenir à son tour un démiurge tout puissant est une vieille ambition humaine. La littérature fantastique s’est faite, depuis toujours, le dépositaire de ce désir rebelle. Le cinéma s’en est beaucoup inspiré.

  • Le Golem, Paul Wegener et Henrik Galeen, 1914

  • Le Cabinet du docteur Caligari, Robert Wiene, 1919

  • Métropolis, Fritz Lang, 1927

  • Frankenstein, James Whale, 1931

  • Docteur Jekyll and Mister Hyde, James Whale, 1933

  • L’île du docteur Moreau, Erle C. Kenton, 1933

  • La Fiancée de Frankenstein, James Whales, 1935

  • La Mouche, David Cronenberg, 1986

  • Frankenstein, Kenneth Branagh, 1995

Quelques éléments classiques du cinéma fantastique

Frontières : le vampire, par exemple, est l’être qui a aboli la frontière primordiale qui sépare la vie du néant. Il a également aboli la frontière qui fait la limite entre l’humain et l’animal. Il a cependant toutes sortes de frontières à ne pas franchir : celle de la venue du jour ou celle de sa région d’origine.

Le château : entouré de marais ou de forêts hostiles, il apparaît à contre-jour. C’est un décor typiquement gothique, chargé de légendes qui ne demandent qu’à être réveillées.

La grande salle : suffisamment vaste pour qu’on s’y sente menacé. Les tentures sont épaisses, les meubles anciens et précieux. Les murs sont couverts de tableaux représentant les ancêtres.

La crypte ou la cave : ce sont des endroits privilégiés dans un film fantastique ; c’est sous terre qu’a lieu la rencontre avec le monde des morts.

La maison : les maisons sont souvent vivantes, elles peuvent même être le personnage central du récit.

Fenêtres : le regard à travers la vitre est un motif assez banal dans le récit de terreur.

Les fenêtres sont souvent entourées de voiles. Par les mouvements qui les animent ils sont une figuration de la présence invisible.

Le cimetière : le lieu de la mort, des revenants, des non-morts, des fantômes.

Les miroirs : pour le thème du double, ils représentent la perte d’identité ou la double identité. Ils peuvent aussi être un passage vers un autre monde.

Les statues : comme le portrait, les statues évoquent sans cesse les absents et, comme le mannequin, l’armure ou l’automate, elles s’animent soudain et acquièrent une redoutable indépendance.

Les masques : soit le masque figure l’absence d’identité, il rend inhumain, sans pitié. Soit la monstruosité elle-même est un masque qui cache l’humanité d’un être. Il faut alors aller au-delà des apparences.

Le sang : tout un courant moderne s’abîme dans la contemplation de la destruction des corps. Les films sanglants (Gore Pictures), à force de surenchère et d’effets spéciaux, ont atteint un réalisme stupéfiant.

Mais, traditionnellement, le sang n’apparaît que sous forme d’une simple goutte (Nosferatu, Dracula, Le Masque du démon) roulant sur la peau, semblable à une larme.

Regards : le regard du personnage principal peut exprimer autant la répulsion que la fascination face au surnaturel.

L’ordre : l’irruption du fantastique occasionne un désordre dans la réalité ordinaire ; le retour à l’ordre caractérise la fin du récit.

Pierre Guivarch, film et culture, 2011

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Cette entrée a été publiée le janvier 24, 2013 par dans 4eme, Arts du visuel, METHODOLOGIE, et est taguée .